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Nous avons découvert avec Valérie G. une œuvre en de nombreuses dimensions, dont la richesse entrelace des dessins et des textes, des rythmes et des grains, un corps stylisé par la lumière. Sa volonté d’amante obsessive sculpte l’amant jusqu’à le faire magnifique, dans ses cordes et dans ses yeux, le sublimant jusqu’à terre, le réduisant sous ses pieds en craie d’or, en poudre de Dieu dont elle colore ses pinceaux.

J'ai un jouet

Cette création unique et aux multiples supports trouve la grâce dans chacun de ses jeux. Le paradoxe fondateur de ces fantasmes érotiques est décliné sous le crayon, la plume aux innocences perverses ou l’objectif, dont Valérie use pour s’emparer de son sujet. Elle le pare de bas bleus, elle s’invente son créateur, artiste, amante et généreuse, généreuse pour nous aussi à qui elle partage son œuvre.


J'ai un jouet


J’ai un jouet.
C’est une poupée ou une chose.
Une fille ou un amant.
Son apparence ne change pas mais je le vois comme bon me semble.

J’ai un jouet
Comme je suis ordonnée je veux le ranger lorsque je ne l’utilise pas.C’est une poupée, alors je veux la coucher dans un lit à barreaux.
La coiffer, l’habiller pour la nuit, la border et attacher son poignet a l’un des montants du lit pour qu’elle dorme profondément.C’est une chose, alors je veux l’oublier dans un placard et la voir tomber à mes pieds lorsque j’ouvre la porte.C’est une fille alors je veux qu’elle vive à mes côtés et qu’en ma présence, elle parle uniquement lorsque je l’y autorise.
Je veux la regarder aller et venir dans ma vie, couverte d’étoffes précieuses, de bijoux discrets, ses beaux yeux fardées par mes soins, je veux qu’elle m’obéisse comme une épouse japonaise, soumise et heureuse de sa condition dont la noblesse me touche infiniment.C’est un amant alors je veux le trouver quand je le cherche, dans l’ombre et que je joue à l’éviter.
Je veux l’étendre par terre et sentir son cœur qui bat comme un oiseau prisonnier et affolé sous son sein que je lèche et caresse.
Je veux qu’il tombe encore plus bas et ne sente plus le sol sous lui.
Je veux qu’il vole encore plus haut et se cogne dans le bleu du ciel.
Je veux qu’il s’effondre à l’idée des ordres que je lui donnerai peut être.
Je veux qu’il rampe à mes pieds, qu’il m’implore de l’emmener où je le déciderai.
Je veux qu’il mendie mes caresses.
Je veux qu’il me supplie de l’emporter dans le plaisir toujours nouveau.J’ai un jouet.
C’est une poupée ou une chose.
Une fille ou un amant.

Son apparence ne change pas mais je le vois, attaché à mes paroles ou suspendu à mes silences.
Toujours comme bon me semble.

Illustration et photo : Valérie G. (Cliquez sur les images pour les agrandir )


C’est la lionne qui chasse.
Le lion lui attend.
Son esprit nonchalant peuplé de gazelles aux longs membres bondissants.
Un jour je lui apportais une proie. Une souris. Faussement, innocente.
Je l’avais hypnotisée avec un baiser après une course un peu longue, puis une fois embrassée, l’avais laissé en plan juste après lui avoir donné rendez vous.
Le jour dit, Innocente arriva dans la chambre d’hôtel et trouva près du téléphone la consigne de m’appeler.
Ce qu’elle fit.
Par terre, à côté du lit ou je m’ennuyais, mon félin attendait les ordres, son front posé contre ma jambe.
Je le repoussais et allais rejoindre la souris.
Je portais le tailleur qui éveille toujours les mêmes rêves et mes renversants escarpins, dans ma main gauche je tenais l’anse de ma mallette avec les cordes à l’intérieur.
L’innocente m’attendait, fébrile.
Je la saluais, froide et indifférente et lui ordonnais de se déshabiller.
Ce qu’elle fit.
Dessous, elle était toute de guêpière et de bas blancs, ses seins extraordinaires bouillonnant dans la contrainte des armatures.
Je posais ma main gantée sur son visage, tandis qu’elle se redressait pour attraper un baiser que je ne lui donnerais pas et la faisais étendre sur le lit.
Allongée sur le dos, j’attachais ses poignets à ses chevilles à l’aide d’une corde de nylon noir. Je lui bandais les yeux et sifflait mon guépard.
Je composais son numéro sur mon portable et il arriva immédiatement.
J’ordonnais à la souris de se placer à genoux et d’avancer au bord du lit. Je la regardais se contorsionner pour se déplacer toute sanglée qu’elle était, elle se démenait de son mieux et je ne l’aidais pas, je la méprisais calmement. Ma cruauté naturelle s’épanouissait silencieusement.
Pendant ce temps, j’ordonnais à mon félin de se caresser, afin de profiter de l’état d’excitation dans lequel la vision le plongeait. J’allais m’asseoir sur le lit, je caressais la tête de ma petite souris blanche et je tirais ses cheveux sombres en arrière. Elle poussa un petit cri, surprise et impatiente de servir.
Je murmurais à son oreille masquée par le bandeau de soie  « ouvre la bouche »
Elle m’obéit sans hésiter.
Je tirais les cheveux plus fort.
« Plus grand ! Ouvre la bouche ! »
Elle obéissait la garce, alors je fis signe à mon félin d’approcher et fis glisser son sexe magnifique entre les lèvres offertes d’Innocente.
Je maintenais toujours sa tête que je faisais avancer selon mon rythme tout en caressant la dévastatrice chute de reins de mon fidèle coursier. Aucun des deux animaux n’était libre de ses mouvements, l’un et l’autre étaient entre mes mains.
Mon guépard me regardait intensément et je lui dis, mes yeux verts dans les siens « c’est ma bouche qui te possède… »
Ses grands yeux ne firent qu’un tour et je vis son regard chavirer tandis que j’obligeais l’innocence à s’activer plus rapidement sans me soucier de ses plaintes lointaines.
Lassée du mouvement, je séparais le guépard des lèvres de ma capture et la faisais basculer sur le dos. Je la plaçais comme je le souhaitais, genoux repliés, intimité exhibée, mains immobilisées.
Je plaçais ma créature à genoux devant sa proie et empoignant sa douce chevelure, je lui fis lécher la chair débordante, le satin du corset, les bas, les hauts talons des escarpins, j’écrasais sa tête entre les cuisses ouvertes puis sans ménagement je retournais l’innocente, dont la contrainte l’obligeait à s’offrir d’avantage, je la sommais de se placer convenablement à genoux et de se cambrer, agrémentant mes propos d’une série de claques sur son postérieur sculptural.
Puis, impérieuse, j’ordonnais à mon félin de la prendre brutalement dans cette position afin que sous le choc, je puisse voir le visage stupéfait de la proie allant et venant sur le matelas, son bandeau malmené, tirant ses cheveux et gênant ses yeux, sa bouche entrouverte laissant s’échapper des cris étouffés .
Lorsqu’il fut tout près du point de non retour, mon obéissant félin me demanda la permission de venir et je lui interdis.
Je le fis se retirer et retourner dans la chambre voisine à quatre pattes. Il m’entendit lui dire sèchement :
«  C’est n’importe qui et je suis ta seule femme, la seule qui détienne ta jouissance, je te conseille de ne jamais l’oublier ».
Ensuite, je détachais la souris blanche, j’enlevais son bandeau, je la libérais et pliais soigneusement les cordes que je rangeais avec précaution dans ma mallette.
Je l’informais que la chambre était réglée jusqu’au lendemain et qu’elle devait avoir disparu de l’hôtel et de mon existence avant 10 heures.
Je ne lui adressais pas un regard et je l’oubliais immédiatement.
Je me sentais merveilleusement bien, ne pensant qu’à mon félin que je rejoignais dans la pièce voisine où il m’attendait, agenouillé, les yeux baissés vers ce qu’il vit avancer vers lui en premier, mes pieds délicatement chaussés.
Je vins me placer devant lui et sans avoir rien à lui dire, de lui même, il vint embrasser avec dévotion mon cou de pied ganté de nylon puis, doucement, il me remercia pour ce festin de roi.

 


Circus Polka

C’était toujours la même chose.

Malgré la fatigue, le sommeil, il devait resté éveillé jusqu’à une heure avancée de la nuit.
Tous semblables à des ombres indistinctes, ils attendaient, s’avançant au son de la voix familière qui les appelait pour monter à bord de la caravane.

Lui, personne ne criait son nom.
Une main effleurait sa tête comme une étoffe légère, une cuisse le frôlait, c’était le signal.
Il se laissait guider par la démarche de la silhouette devant lui.
Souplement, il entrait dans son box et s’allongeait sur le tapis posé sur les planches de bois tandis que la main qui l’avait caressée fermait la porte de la cage à l’aide d’un cadenas.
Il regardait le ciel zinzolin, les étoiles argentées, le parfum de roses s’éloignait et il fermait les yeux.
Les bruits de pas, les mouvements invisibles happés par la nuit, les rires, les chants s’évanouissaient tandis qu’une douce langueur le gagnait.
Sa mémoire déroulait sous ses paupières les heures qu’il venait de passer.

La chaleur, la clameur, la foule, le collier autour de son cou, la cage dans laquelle il tournait en rond, oppressé par l’inquiétude.
Le grand rideau de velours abaissé, le tunnel fermé par des grilles, la musique retentissante.
Il était seul et c’était toujours la même chose.
Il avait peur.
Il sentait le danger, le bruit.
La peur éveillait son instinct de prédateur.
On faisait claquer un long fouet contre les barreaux de sa cage pour l’obliger à se calmer, ce qui l’énervait davantage et le rendait encore plus menaçant.
Enfin, les grilles se levaient et derrière le lourd rideau qui s’ouvrait en deux la musique roulait comme une avalanche, aveuglé par la lumière qui fondait sur lui il se précipitait dans le tunnel.

Au milieu de la piste, elle l’attendait.
Fièrement juchée sur ses hautes bottes à talons aiguilles, gantée jusqu’aux épaules, le buste lacé dans son corset noir brillant comme la carapace d’un scorpion.
Il tournait autour d’elle pour l’étourdir tandis qu’il se rapprochait.
Le public retenait son souffle.
Elle lui souriait et le suivait du regard en marchant à reculons et en sens inverse, laissant la lanière tressée de sa cravache traîner sur le sol.
Son cœur s’emballait.
Il lui en voulait de ne pas être là lorsqu’il avait besoin de sa présence.
Il lui en voulait de laisser des inconnus s’approcher de sa cage et tenter de le frapper.

Alors il se détourna brusquement et en un éclair il bondit sur elle, la projetant sur le sol.
Il sentit sa mâchoire se refermer sur son cou.
Il sentit les battements de son cœur palpiter et se confondre avec le parfum de roses.
Instinctivement il recula, elle ne bougeait plus.
Les cris des spectateurs montaient vers la cime du chapiteau.
La peur l’envahit de nouveau.
« Qu’ai je fait ? » pensa t il horrifié.
Il s’approcha et se coucha à côté du corps de sa dompteuse.
Il posa son front contre sa nuque.
Elle restait inanimée.
Alors il lécha les longs gants noirs et luisants jusqu’à la main qui tenait toujours la cravache.
Un murmure lui parvint.
« sois obéissante…. »
… Ces mots… Il les connaissait …
C’était toujours la même chose.
Lorsqu’il les entendait, il ne pouvait plus bouger.
Comme une vague, il entendit la phrase monter vers lui.
« sois obéissante… »
Il ne voyait plus rien.
Les mots avaient la chaleur de la peau, la douceur des gants qu’elle portait.
« sois obéissante … »
Le ressac revenait, inlassablement.
Incapable de se mouvoir, il gisait à ses pieds depuis qu’elle s’était relevée et que le public applaudissait tout autour.
« je dois être obéissante, pensait il, je ne dois pas la décevoir… »
Il posa sa tête sur la pointe de sa botte, il sentait le galbe de son cou de pied sous le cuir ciré.

Elle se pencha et le saisi fermement par son collier.
« sois obéissante… » pouvait il lire dans son regard, derrière son sourire enjôleur.
Elle attacha la longe au mousqueton et il la suivi tandis qu’elle s’éloignait sous les applaudissements vers le rideau rouge qu’ils franchirent ensemble.

 

 

 

 

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