Tu es entré sans faire de bruit dans la chambre où je dormais, pour me
reposer d’une dure journée. Tout au moins, tu l’as cru ! Est-ce le léger
frottement de tes pieds sur le plancher ou plutôt un infime déplacement de l’air lorsque tu as ouvert la porte qui m’a tirée de mes songes, toujours
est-il que je n’ai pas voulu décevoir tant de précautions de ta part.
D’ailleurs je ne souhaite pas m’arracher totalement aux nimbes du sommeil.
Je préfère flotter dans cet entre-deux eaux, entre rêve et veille. Tu étais
là, dans mes rêves, de ces rêves de tendresse que je fais presque toujours
lorsque je dors l’après-midi. J’ai ma façon bien à moi de te retrouver dans
ces moments-la : je ferme les yeux et choisis une image mentale de nous deux
qui me plaise. Ensuite, je n’ai plus qu’a dérouler le fil de ma pensée en
espérant qu’il me conduira au pays des rêves de toi.
C’est justement ce que j’ai fait cet après-midi. Alors tu vois, tu n’es
jamais loin, ta présence m’habite même lorsque tu n’es pas là, c’est ainsi
que je le veux. Cette grâce m’est donnée de pouvoir appeler ces rêves de
toi.
Rien ne presse ! Pour l’heure, je reste en lisière de ce rêve ; j’en savoure
encore la douceur, mais je goûte déjà le bonheur tout proche de ta présence
de chair. Je sais avec une certitude absolue que tu me regardes comme tu
aimes le faire pour sentir le désir monter en toi, petit a petit, en cercles
concentriques qui tourbillonnent dans ton cœur et le font enfler jusqu'à ce
que tu n’y tiennes plus. Comme moi, tu es gourmet, tu fais preuve de
patience. C’est presque un art, cette attente, nous le cultivons tous les
deux. Juste pour le plaisir.
Je m’applique à continuer de respirer sereinement, de cette sorte de
respiration que seul le sommeil confère. Pas un cil de moi n’a bougé. Je
suis toute au plaisir de ton regard qui me caresse, je le sens. Je te
connais, il ne se passe jamais bien longtemps, lorsque tu me surprends
endormie sur le lit, avant que la caresse de ta main ne vienne remplacer
celle de ton regard. Cette fois-ci, tu prends tout ton temps !
Enfin le matelas s’enfonce et je sens ton corps qui roule près de moi dans
la combe de notre lit. Je renonce au plaisir du sommeil, je ne veux pas que
tu le saches trop vite. Moi aussi, je veux me donner à cette attente
délicieuse. Ce désir de toi est né du rêve, ton regard amoureux l’a vivifié
et fait passer dans mon ventre, qui maintenant, à ton insu, secrète dans ses
plis, l’accueil qu’il te réserve.
Tes baisers dans mon cou, puis ta main le long de mon dos, qu’il est
difficile de leur résister… car je veux encore te garder dans l’ignorance.
Malgré moi, mes jambes se déplient et je frissonne. Je n’y tiens plus !
Heureusement, tu te cales contre moi, tu mets ainsi fin à cette douce
torture que je me suis imposée. Tu es nu, je t’en suis reconnaissante. Un
peau à peau dans un corps à corps avec toi, c’est merveilleux. Tu attrapes
mes hanches fermement, tu ne le sais pas encore, mais je participe déjà.
J’
ai basculé mon bassin imperceptiblement pour favoriser ta pénétration. Tu me
découvres humide. Te vient-il alors à l’esprit que j’ai joué avec toi ? Je
ne sais pas. Mais tu as entamé ce mouvement en moi, lent, hypnotique que j’aime tant et qui m’appelle inéluctablement à toi, ce mouvement qui dit «
viens, viens, viens » et auquel mon ventre et moi voulons répondre de tout
cœur, de tout corps.
Tu connais ce moment où je viendrai à toi et toi, tu veux aussi venir à ma
rencontre, et c’est alors la fête la plus violente, la plus douce, la plus
sauvage et la plus tendre jamais vécue, et le bonheur mon amour, ne s’arrête
pas là, il continue avec nos mots à tous les deux, ceux qui caressent le
cœur, ceux qui bâtissent la combe qui nous verra tous les deux sombrer dans
le sommeil.
Je t’aime…