
Le foisonnement obsessionnel des visions de Bellmer s’organise autour des corps, féminins ou autres, polymorphes, métamorphes.
En démembrant et recomposant la chair au moyen de ses objets sexués, sa poupée ou de plus improbables mobiles tels sa « mitraillette », il isole des parcelles érotiques d’une chair dont il reconstruit, selon des logiques déviantes, des formes à la biologie improbable.
Les mannequins ainsi désassemblés sont ensuite reproduits, et portés encore un degré plus loin par l’usage de la photographie et du dessin. Sous son crayon, son pinceau, sa pointe sèche, Bellmer réinterprète la bizarrerie de ses modèles articulés, la replongeant de l’état initial de matière au bain de son imaginaire, méticuleusement précis pourtant.
Les corps représentés sont enchevêtrés, articulés contre la logique, les torses fleurissent en jambes aux deux extrémités, les poignets s’achèvent en pieds, le fuselage des jambes toujours s’enchevêtre jusqu’à former d’autres motifs. Les femmes sont ici phalliques, les métamorphoses fétichistes, le biologiquement impossible devient la règle d’orchestration obligée de cet univers foisonnant.
Bravo aux commissaires de l’exposition pour l’assemblage de cette collection exceptionnelle, traversant la durée de la vie de l’artiste dans toutes ses diagonales, tous ses registres, dont une fascinante série d’illustrations réalisées pour accompagner l’Histoire de l’œil, de Georges Bataille, ou sa Madame Edwarda. L’œuvre nous est offerte dans toute sa richesse, ses manipulations créatrices, sans la trahir de fausses interprétations réductrices. C’est ainsi, parlant par le seul crayon de l’artiste, qu’elle livre sa plus suave, perverse et idéaliste, violence idyllique. Elle touche juste.