La dictature est à la fois l’ennemie et l’alliée involontaire de la création artistique. Ses contraintes étouffent ceux qui s’en satisfont, mais pour qui rêve d’absolu, les chaînes libèrent autant qu’elles emprisonnent. La littérature russe du siècle dernier (Boulgakov, Soljenitsyne, Nabokov…) donne plusieurs exemples de ce surcroît de génie de l’esprit que n’avilit pas les carcans.
Il en va de même de toutes les formes littéraires, les conformismes tuent mais pas les contraintes. Les règles formelles mènent le médiocre à l’art pompier et le créateur à la sublimation.
C’est la règle splendide de la poésie… les règles auxquelles elle s’astreint - rythme, rimes, métrique - qu’on les respecte ou qu’on s’en affranchisse, sont les terreaux desquels elle se nourrit.
|

_ Exercice de Littérotique n°II _
"Tester et tester et tester jusqu’à ce que la formule
de transmutation du plomb en or se révèle, par fulgurance."
Rappels :
Doivent franchir la porte de ce laboratoire des passionnés de littérature et de création, capables dans leurs fioles
et leurs cornues de mélanger les mots, agiter la langue, distendre prose et vers. Consultez le Manifeste Erolithique.

|
Quelle belle référence – dans le domaine érotique – à l’art du bondage, lorsque l’on est conscient qu’il ne s’agit pas d’avilissement mais bien, au travers la contrainte, de sublimation.
Dans le laboratoire de littérotique, nous avons donc choisi au nombre de nos « exercices de style » de marier les deux en faisant des gammes de « bondage littéraire » et d’enfermer l’écriture dans un carcan de règles plus strictes qu’un laçage rigoureux, ligoter la langue jusqu’à ce qu’elle soit totalement libre, d’elle-même.
De mêmes exercices « sous contrainte libératrice », mais évidemment sans la connotation érotique que nous recherchons, étaient réalisés par George Perec dans « la Disparition », livre écrit en s’interdisant la voyelle la plus commune de la langue française, le « e », ou dans « What a man ! » écrit uniquement avec la voyelle « a ».
|