La revue Le laboratoire Les salons L'oeuvre Les plumes

 

 


Effeuiller un auteur érotique autrement

 

Angèle

Tu m’ouvres ta porte, le sourire accueillant, la démarche souple à la sensualité retenue. Nous ne nous sommes encore jamais rencontrés. Je veux dire dans le monde réel. J'ai seulement eu droit à une photo de tes yeux, et de tes yeux seuls. Lors de nos quelques discussions par messagerie instantanée, j’ai trouvé dans nos échanges virtuels une connivence particulière, une connexion invisible, comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Une fois, tard dans la nuit, ce petit jeu nous a entraînés sur un terrain diablement intime...

Sur la route, le souvenir de ton regard mystérieux m’obsédait.

Maintenant, nous sommes là, face à face. Nos regards se croisent. Instant de surprise, d'interrogation, de gène aussi. Le virtuel n'est plus là pour faire écran. Nous savons que notre temps est compté : nous sommes le 24 décembre et tu dois partir fêter Noël en famille. Pourtant je te sens là, toute proche, debout, à portée de lèvres. Tout à coup, je remonte la mèche qui s'est échappée de ta chevelure soyeuse. Ce geste déclenche un battement de paupières d'une sensualité envoûtante. L’excitation à l’idée de se découvrir, la précipitation liée à ce moment que nous savons éphémère, toutes ces conditions réunies nous précipitent dans le frisson du premier baiser.

Un autre souvenir plus intense me vient à l'esprit. Le souvenir de ta lingerie décorée d'un ruban rouge - en signe de cadeau de Noël, comme tu me l'as chuchoté à l’oreille - puis du grain de ta peau que tu dévoiles devant moi.

Allongés sur ton lit, nos corps sont des aimants tandis que nos esprits tentent de résister à cette mystérieuse attraction. Mais déjà, je ne lutte plus : je te prends dans mes bras et glisse doucement la pulpe de mes doigts le long de ta nuque délicate. Ce contact te fait frissonner, libère une décharge d'énergie qui parcourt tout ton corps et finalement te détend. Tu souris à l'idée de rejouer les ébats décrits lors de nos échanges virtuels. Cette pensée complice provoque une brusque accélération du désir, que je perçois en goûtant de ma langue chaque centimètre de ta peau. Ma main caresse ton ventre tiède, palpitant, tandis que tu glisses les tiennes dans mes cheveux. Tes seins s'offrent à moi, magnifiques, et je les honore de ma bouche. Je parcours de mes lèvres ton visage, puis m'attarde sur ta nuque qui fond sous mes dents, doucement, délicatement, puis plus fermement. Je te sens te raidir, respirer fort, puis frissonner, ce qui m'encourage à poursuivre mon parcours. Déjà ton corps se cambre, offrant à mes yeux un délice.

Encore aujourd'hui, je revis avec émotion le souvenir de cette longue et délicieuse étreinte dans ton lit aux draps de lin fauve. Je ne vais qu'évoquer ici ce savoureux corps à corps où tu t’es sentie enlacée par mes bras, immobilisée par mes jambes, ton corps prisonnier subissant les assauts de tout mon corps. Ce moment privilégié appartient à nous seuls.

Angèle, je tiens à te remercier pour ce cadeau de Noël unique par sa sensualité, aussi intense qu'éphémère. Je ne suis pas jaloux, mais j'avais déjà compris que derrière cette vie mystérieuse, d'autres hommes occupaient tes nuits.



Thomas Dellart
Auteur du roman "Une décision presque parfaite" aux Editions Amalthée

 


Illustration : photo © Sandrine Derselle
Studio Photo-Graphique www.dine-izer.be
Modèles Yann & Stevie

Ecouter le podcast
Erotic'Avent

 

 

 

Contactez le Directeur de la RédactionContactez la WebmistressPlan du site

© La Vénus Littéraire (2005-2009)
ISSN 1960- 6834 - délivré par ISSN France - BNF